PALESTINE : que peuvent faire les syndicats dans la solidarité internationale ?

Contexte

Sur le territoire israélien actuel, un million et demi de Palestiniens (20% de la population) vivent comme des citoyens de deuxième classe où ils subissent des discriminations. Ils sont défavorisés dans la législation de la nationalité et du mariage, dans l’accès aux ressources de travail, syndicales, culturelles, de santé, d’éducation et même aux permis de construire qu’ils n’obtiennent presque jamais. Rappelons qu’ils ne sont pas défendus par le syndicat Histadrout qui ne défend que les Juifs.

En Cisjordanie, aucun droit ne régit le travail des Palestiniens. Il ne connaît ni salaire minimum, ni âge minimum, ni maxima horaires. Le Mur empêche physiquement des dizaines de milliers de Palestiniens d’accéder à leurs familles, lieux de travail, terres agricoles, écoles, universités ou hôpitaux. Actuellement, le taux de chômage y est de 19%, et 25% de la population fait face à l’insécurité alimentaire.

Un million et demi de Palestiniens dans la bande de Gaza vivent un cas extrême d’oppression systématique: blocus total, privation des produits de première nécessité, bombardements fréquents… On estime que 120.000 emplois dans le secteur privé ont été perdus depuis le début du siège en 2007 et que 40% de la population est au chômage. Les 40.000 personnes qui travaillent au sein du secteur agricole sont affectées par la destruction de plus de 46% des surfaces cultivables.

Enfin, près de six millions de Palestiniens vivent aujourd’hui en exil et sont discriminés par l’impossibilité de rentrer dans leur pays. A différents degrés, ce sont donc bien tous les Palestiniens (11 millions de personnes, dont la moitié a le statut de Réfugié) qui vivent une ségrégation quotidienne.

La réponse syndicale

Le mouvement syndical international a toujours démontré son engagement envers les droits humains par des actions de solidarité avec les peuples opprimés ou par l’adoption de sanctions dirigées contre des régimes oppressifs. Il est essentiel de renforcer les relations entre syndicalistes palestiniens et du reste du monde, de développer des campagnes de solidarité, et de relayer les témoignages des travailleurs en Palestine auprès des syndicalistes et des employés, afin de faire connaître la situation actuelle d’apartheid, d’occupation militaire et d’austérité néolibérale imposée au peuple palestinien. La participation de nombreux syndicats aux différentes flottille de la liberté en direction de Gaza est, en ce sens, une marque essentielle de solidarité en direction des Palestiniens.

Alors que cette solidarité s’exprime sous différentes formes (missions civiles en Palestine, manifestations, procès…), l’une des campagnes les plus actives en ce moment est la campagne internationale de Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre Israël. Cette campagne, lancée en 2005 à l’appel de plus de 170 organisations palestiniennes dont tous les syndicats palestiniens, exige la fin de l’occupation et de la colonisation, le démantèlement du Mur, la levée du blocus de Gaza, l’égalité absolue des droits des Palestiniens d’Israël et la mise en œuvre du droit au retour des réfugiés palestiniens, c’est à dire… le simple respect du droit international. Cette campagne est, à l’image de celle du boycott de l’Afrique du Sud dans les années 1980, une action citoyenne, non-violente, initiée par les Palestiniens eux-mêmes, pour lancer un courant d’opinion internationale en faveur du respect des droits des Palestiniens.

La Campagne BDS

L’appel de 2005 a reçu un écho grandissant dans le monde, endossé par de nombreux individus, syndicats, partis politiques et autres organisations qui veulent manifester concrètement leur solidarité internationale. Adopter des mesures BDS est devenu aujourd’hui la forme la plus importante de la solidarité syndicale avec la société civile palestinienne en général, et la classe ouvrière palestinienne en particulier. Les syndicats doivent utiliser leur position d’acteurs importants dans la société civile pour appuyer des campagnes de boycott des consommateurs, de désinvestissement d’entreprises ou d’appels aux sanctions contre l’état israélien, aussi longtemps que celui-ci s’obstinera à violer le droit international, les résolutions des Nations Unies et les décisions de la Cour Internationale de Justice.

Ainsi, des entreprises occidentales comme Caterpillar (qui fabrique les bulldozers qui détruisent les maisons palestiniennes) ou Starbucks (qui finance l’armée israélienne) ont été visées, au même titre que des entreprises israéliennes telles que Carmel, Elbit ou Jaffa. Le gouvernement norvégien a retiré ses capitaux de plusieurs sociétés israéliennes qui investissent dans les territoires illégalement occupés. La Bolivie et le Venezuela ont rompu leurs relations diplomatiques avec Israël. Des cinéastes comme Ken Loach, Jean-Luc Godard, Susan Sarandon ou Meg Ryan, des musiciens comme Annie Lennox, Roger Waters, Elvis Costello, Stevie Wonder, Salif Keita ou Massive Attack, des écrivains comme Naomi Klein, Alice Walker ou John Berger ont publiquement refusé de participer à des événements en Israël. Enfin, de nombreux professeurs et syndicats d’enseignants de par le monde ont également et publiquement appelé à rompre les accords avec les institutions universitaires israéliennes. En Israël, ce mouvement est encouragé par le courant « Boycott From Within », et il a récemment été rejoint par 150 universitaires, écrivains, artistes et acteurs israéliens refusant de se produire dans les colonies illégalement occupées.

Exemples syndicaux

En février 2009, en signe de protestation contre la guerre d’Israël sur la bande de Gaza, un syndicat de dockers d’Afrique du Sud a lancé un boycott contre le commerce maritime israélien. Suite à l’attaque meurtrière israélienne sur la flottille de la liberté en 2010, le syndicat suédois des dockers a bloqué plus de 500 conteneurs au cours d’un blocus d’une semaine des exportations en Israël et des produits israéliens, et les dockers californiens d’Oakland ont refusé de décharger un cargo israélien pendant 24 heures.

En Afrique du Sud, les syndicats de travailleurs municipaux ont favorisé la création d’une zone “exempte d’apartheid israélien” où les municipalités n’ont aucun lien, ni sportif, ni commercial, ni académique, ni culturel avec le régime israélien. Des campagnes similaires sont menées par des syndicalistes en Irlande et en Australie.

Des syndicats du secteur agricole, tels que la Confédération Paysanne en France, se sont engagés avec la campagne BDS contre les sociétés qui commercialisent des fruits et légumes dont 70% proviennent des colonies, Agrexco-Carmel puis Mehadrin, et qui bénéficient de subventions européennes qui pénalisent donc les agriculteurs palestiniens et européens.

Les syndicats s’impliquent également contre des entreprises ciblées par la Campagne BDS internationale, telle que les sociétés françaises Alstom et Véolia, qui participent à l’exploitation d’un tramway reliant Jérusalem aux colonies, et qui ont perdu plusieurs marchés pour cette raison, ou la banque franco-belge Dexia, qui participe au financement des colonies. Depuis peu, une cible internationale est l’entreprise de sécurité anglo-danoise, G4S, dénoncée par les syndicats UNISON (Royaume Uni), COSATU (Afrique du Sud) et Abvakabo (Hollandais) pour sa collaboration active dans l’oppression quotidienne des Palestiniens. De même, une campagne est en cours en France, contre l’entreprise de téléphonie, Orange, pour ses investissements en Israël et dans les territoires palestiniens occupés. Les syndicats français Solidaires et la CGT font pression sur la direction, dans le cadre d’une campagne destinée à devenir internationale, Orange opérant dans de nombreux pays où la Campagne BDS est active…

Enfin, les syndicats palestiniens demandent également à leurs collègues internationaux de rompre leurs relations avec le syndicat raciste israélien, la Histadrout. De nombreux syndicats individuels, ainsi que les congrès nationaux des syndicats en Irlande, Ecosse, Pays de Galle, Angleterre et en Afrique du Sud ont rompu ces relations ou ont commencé une procédure pour le faire.

Liste de syndicats impliqués

En avril 2011, une conférence en Palestine fonde la Plateforme des syndicats pour BDS (PTUC-BDS), qui regroupe tous les syndicats de branche palestiniens. C’est l’interlocuteur des syndicats du monde entier impliqués dans BDS, dont voici une liste partielle :

Afrique du Sud : COSATU

Australie : MUA

Brésil : CSP-Conlutas et CUT

Canada : SEFPO et STTP

Ecosse : STUC

Egypte: EIUF

Espagne : CCOO ; CIG ; IAC et USO

France :  CNT ; Confédération Paysanne et Solidaires

Grande Bretagne : GMB ; RMT ; TGWU ; TUC et Unison

Irlande : ICTU

Italie : FLAICA-CUB ; USB

Norvège : LO

Pays Basque : LAB

Suède : LO

Tous les syndicats de Cuba, des pays membres de la Ligue Arabe et de l’Organisation de la Conférence Islamique, dont la Fédération internationale des syndicats arabes

L’Internationale des Services Publics (PSI, 20 millions de travailleurs)

On compte également un grand nombre de syndicats étudiants de l’Université de York, de Regina et de Toronto au Canada, de l’Université de Berkeley, Californie, de l’Université d’Oberlin, Ohio, de l’Université de Sydney, Australie, l’Assé au Québec, la Fédération des Etudiants Francophones, en Belgique, Solidaires Etudiant.e.s en France, et des syndicats enseignants tels que Emancipation, SUD-Education et SUD-Recherche en France, FNEEQ au Québec, UCU au Royaume Uni ou TUI en Irlande.

Solidaires, mai 2014

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