Turquie : des centaines de morts ; un crime, pas un accident !

A la suite d’une explosion à 400 mètres sous le sol dans une mine de charbon de Soma, exploitée par l’entreprise Soma kömürleri A.S., il y a eu des centaines de morts. 232 morts, plus de 80 blessés graves, recensés le lendemain mais il restait alors encore environ 200 mineurs sous le sol. La responsabilité de ce massacre incombe au gouvernement et au patronat. Nous reproduisons ici un communiqué de l’association DIDF qui, avec d’autres organisations, a organisé des rassemblements de protestation en France, le 16 mai.

Les larmes de crocodile du gouvernement. Le gouvernement a décrété 3 jours de deuil national. Le premier ministre et le Président de la République ont annulé leurs rendez-vous et de nombreux ministres se sont rendus dans cette ville où il y a eu ces massacres. Mais rien de tout cela ne peut les disculper, car ils portent la responsabilité première et doivent rendre de compte devant le peuple. En effet, nous n’avons pas oublié que le premier ministre avait affirmé publiquement lors des précédents « accidents » provoquant la mort de plusieurs mineurs que « la mort fait partie du destin du mineur ». Mais ce n’est pas tout, il y a à peine 20 jours, les députés de trois autres formations parlementaires (CHP, MHP et BDP) avaient proposé la création d’une « commission parlementaire » pour enquêter sur les accidents des mines si récurrents dans ce pays. Or, le gouvernement et les parlementaires de AKP ont refusé cette proposition. Le député de HDP, L. Tüzel avait posé des questions sur ces sujets aux ministres concernés, mais ces derniers avaient affirmé simplement que les mines faisaient l’objet des contrôles réguliers. Cette mine avait justement été contrôlée en janvier. Dans un pays où le gouvernement et les ministres de la majorité sont si empêtrés dans les affaires de corruptions, voici le résultat de ces contrôles…. près de 250 morts.

Ces massacres sont le résultat des politiques de la privatisation et du néolibéralisme. Cette mine de Soma avait été privatisée il y a quelque temps et son inauguration avait même été réalisée par le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles et le ministre du Travail et des Sécurités sociales Taner Yildiz. Ce dernier dans son discours avait affirmé sans aucune vergogne que cette mine est « la mine la plus sécurisée de l’Europe ». Voici le résultat de cette sécurité.

Le propriétaire de la mine a déclaré fièrement il y a quelques mois que les frais de la production avaient chuté de 60 %. En effet, le travail ne « coutait » pas autant à ce patron, car il avait licencié de dizaines d’ouvriers, notamment les plus âgés, c’est-à-dire les plus expérimentés, les nouveaux recrutés étaient non seulement moins bien payés, mais aussi moins expérimentés, et avait recours massivement à la sous-traitance. Ces ouvriers ne pouvaient se syndiquer au risque de se faire licencier immédiatement, ni profiter d’un minimum de sécurité et des droits les plus élémentaires des travailleurs. Précisons qu’un des ouvriers tués, brulés vifs, n’avait que… 15 ans. Si les frais de la production ont chuté de 60%, c’est aussi parce que le patron avait choisi de ne pas investir pour garantir un minimum de sécurité. Telle est la logique de la recherche permanente du profit maximum. On baisse toutes les dépenses, les salaires des ouvriers afin de garantir le profit maximum. C’est ainsi que ces massacres se préparaient peu à peu depuis plusieurs mois.

Protestons le gouvernement AKP. Nous appelons tous les démocrates, toutes les personnes qui luttent pour un monde meilleur, toutes les organisations qui luttent pour le droit et les libertés des travailleurs et des salariés à exprimer leurs indignations et leurs colères contre ce gouvernement réactionnaire, pour qui la vie des travailleurs n’a aucune valeur. Mais il convient également dénoncer les politiques néolibérales qui ne visent qu’accroitre les profits du patronat

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