Déclaration de la réunion internationale pour la défense de l’éducation publique

Déclaration de la réunion internationale pour la défense de l’éducation publique

 

Dans le monde entier, l’éducation publique est fortement agressée. Les attaques gouvernementales, peuvent prendre des formes différentes selon les pays, mais toutes suivent les directives de la Banque Mondiale, du FMI, de l’OCDE et des autres institutions internationales. Même des institutions comme l’UNESCO, qui devraient être au service de l’éducation, participent à la mise en place de ces politiques.

Dans de nombreux pays, l’éducation disparaît en tant que droit social et humain. L’éducation devrait être publique, gratuite, laïque, émancipatrice, répondre aux besoins de la classe ouvrière ; ce devrait être une priorité, mais ce n’est pas le cas.

L’éducation est devenue un marché en expansion. La privatisation de l’éducation avance partout, avec des conglomérats et des sociétés toutes puissantes, qui agissent sur toute la planète.

Ce processus permettant le passage du public au privé est une exigence des entreprises qui font de l’éducation un négoce. Comme d’autres secteurs de l’économie, l’éducation connait un processus d’oligopolisation. Dans divers pays et régions, des entreprises multinationales envahissent le marché. Même si elle reste encore sous tutelle de l’Etat, l’éducation est mise au service des entrepreneurs, à travers plusieurs mécanismes au service du capitalisme.

Les coupes budgétaires et le financement de l’éducation privée par de l’argent public, les plans d’ajustement économiques, le licenciement des fonctionnaires, le non-remplacement des départs à la retraite, les réformes qui détruisent les services publics, la priorité des gouvernements à payer les « dettes » exigées par les banques, parmi d’autres mesures, donnent le ton. L’éducation, qui devrait être un droit social et humain, n’est nullement une priorité des politiques d’État.

Ainsi, l’éducation devient un produit ou un service, mis à disposition des intérêts des secteurs privés, et n’est plus un droit démocratique de tous et toutes.

Ce sont les populations pauvres qui en souffrent le plus, les enfants de la classe ouvrière et des secteurs opprimés – selon les pays, soit en raison du genre, de l’ethnie, de la diversité sexuelle et autres prétextes utilisés par le capital afin d’exploiter l’humanité.

Dans le monde, plus de 100 millions d’enfants et 800 millions de jeunes et adultes se trouvent en dehors du système scolaire (source : UNICEF, 2012), ce qui met en péril le droit à l’avenir de toute une génération.

Au delà de l’action des grandes entreprises, des gouvernements et du marché, qui retirent à l’éducation tout rôle de bien public et de droit social et humain, les travailleuses et travailleurs de l’éducation souffrent de ce processus par lequel, petit à petit, les conquêtes démocratiques sont détruites et l’autonomie pédagogique conquise au fil des années, attaquée.

Les intérêts capitalistes dictent les directives, les normes et les projets des politiques en matière d’éducation. Sous l’orientation des organismes internationaux, l’éducation devient le socle de l’expansion du capital, une des dimensions du processus de marchandisation des divers secteurs autrefois sous contrôle et gestion de l’État. Le système éducatif assume les préceptes politiques et idéologiques des rapports sociaux capitalistes.

La contre-réforme de l’éducation est en cours, celle-ci devient un service marchand de rapports de mise en concurrence, de sélection et d’inégalités.

La logique de la privatisation, de la rationalité économique, de la précarisation, de la dévalorisation du métier des travailleuses et travailleurs de l’éducation, les exigences d’efficacité, de qualité et la méritocratie du management se mettent en place.

Il n’a jamais autant été question d’une éducation à deux vitesses : d’une part une éducation de grande qualité et au coût élevé, adressée aux enfants de la bourgeoisie et de la haute classe moyenne, d’autre part celle pour les enfants des travailleurs et travailleuses et des secteurs opprimés, basée sur l’acquisition de compétences destinées à réussir les tâches utiles au marché du travail, faisant de l’éducation publique un rouage essentiel à l’appareil productif. A une partie de cette population, il n’est proposé qu’une alphabétisation rudimentaire et une approche minimaliste des mathématiques.

Toutefois, de par le monde, les travailleuses et travailleurs de l’éducation et la jeunesse résistent à ces mesures.

Le débat sur l’éducation est de nature politique. Son essence politique repose sur l’aspect fondamental et déterminant de la société capitaliste : sa division en classes sociales antagoniques, qui luttent pour des intérêts contradictoires.

C’est pourquoi nous disons que la classe ouvrière est la seule à pouvoir dépasser ce dilemme, dépasser ce système social basé sur l’aliénation et l’exploitation des êtres humains. Seule la classe ouvrière peut défendre le fait de transformer en patrimoine de tous et toutes, la connaissance, la science, l’art et la culture enrichis tout au long des millénaires par l’humanité.

De nombreuses luttes se sont organisées dans plusieurs pays, pour défendre les services publics, les droits sociaux, l’éducation publique. Elles se traduisent par des grèves sectorielles, par des occupations d’universités et rectorats ou encore par des manifestations de jeunes.

La destruction ininterrompue de l’éducation en tant que droit public doit cesser.

Pour cela, l’action du syndicalisme de classe et des organisations de la jeunesse qui souhaitent agir aux côtés de la classe ouvrière est fondamentale.

Cette réunion internationale se situe dans ce cadre.

A travers la défense de l’éducation publique nous nous opposons aux politiques de réformes économiques et sociales, de suppression des acquis, de casse des services publics dans leur ensemble, de destruction de la sécurité sociale et tous ces reculs orchestrés de par le monde.

Nous exigeons la fin immédiate de l’occupation militaire et des bombardements israéliens en Palestine où des hôpitaux et des écoles ont été touchés, tuant des centaines d’enfants. L’État d’Israël est donc le principal ennemi de l’éducation en Palestine.

Pour qu’il y ait éducation il faut la paix, la liberté des peuples, la justice et l’égalité.

Nous luttons pour :

  • l’éducation publique, gratuite, laïque, émancipatrice, répondre aux besoins de la classe ouvrière ;
  • les services publics ;
  • les droits des travailleurs et travailleuses de l’éducation ;
  • des salaires, un avancement et des conditions de travail dignes, pour toutes et tous ;
  • Solidarité avec les organisations, les militants et les militantes des mouvements syndicaux, populaires et étudiants, qui sont victimes de la criminalisation de leurs luttes !
  • Solidarité et soutien au Syndicat des Professeurs de Palestine !
  • Place à la jeunesse : pour le droit au futur, l’accès à la connaissance, à l’art, à la culture et aux loisirs 

    Rio de Janeiro, 11 août 2014.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Initiatives proposées au terme de la réunion

  1. Faire connaître nos actions et mobilisations : engagement de renforcer la page d’internet sur le site du RESEAU SYNDICAL INTERNATIONAL DE SOLIDARITE ET LUTTES (http://laboursolidarityandstruggle.org/), en envoyant des notes et des informations de chaque pays, afin d’informer sur la situation des luttes en faveur de l’éducation publique, les conflits avec les gouvernements, investiguer et divulguer la situation des principaux groupes économiques agissant dans l’éducation, analyser les politiques mises en place par les gouvernements dans le premier et second degrés , mettre en évidence comment l’argent publique nourrit le secteur privé. 
  2. Diffuser sous différents supports (publications, page web, vidéos, etc.) les propositions alternatives d’éducation publique, populaire, de pédagogie critique du capital et envisager une rencontre internationale qui renforce ces échanges.

 

  1. Garantir un échange régulier d’informations : initiatives dans chaque pays, congrès de nos organisations syndicales, avec la création d’un groupe sur le net pour l’élaboration de bulletins périodiques sur les luttes dans l’éducation.

 

  1. Évaluer la possibilité de nouvelles rencontres à partir des décisions qui seront adoptées par la coordination du RESEAU SYNDICAL INTERNATIONAL DE SOLIDARITE ET DE LUTTES pour l’année 2015.

 

  1. Encourager l’élaboration théorique et politique, en garantissant sa divulgation par la liste des textes présentés.

 

  1. Enquêter, dénoncer et lutter contre les initiatives du capital visant à contrôler l’éducation publique, comme la mise en place des évaluations internationales (projet Tunning et des modèles éducatifs comme les écoles Charter).

 

  1. Suivre et lutter contre les traités de libre commerce, notamment l’accord général de commerce des services de l’OMC et les accords du Mercosul avec l’Union Européenne.

 

  1. Echanger avec le Réseau Européen des Syndicats Alternatifs et de Base et d’autres organisations qui défendent l’éducation comme étant un droit social.

 

  1. Soutenir et proposer des campagnes sur des sujets mobilisateurs dans nos pays, par exemple « plus d’argent publique pour financer l’éducation privée ».

 

  1. Continuer à discuter sur d’autres sujets soumis à une réflexion collective. Par exemple, les conséquences des nouvelles technologies de l’information et communication sur le travail des enseignant-es et des étudiant-es, l’évaluation des politiques publiques des gouvernements dits de « transition démocratique », les « fronts populaires » ou de « collaboration de classes » en Équateur, Brésil ou Uruguay… 

    Rio de Janeiro, le 11 août 2014

    Motion de solidarité au peuple palestinien

    Les participants et participantes à la Rencontre Internationale en défense de l’éducation publique, réuni-es à Rio de Janeiro (Brésil) le 11 août 2014, condamnent fermement l’occupation et le bombardement de la Bande de Gaza par l’État sioniste d’Israël.

     

    Les enseignant-es et la jeunesse étudiante ne peuvent rester indifférents aux massacres perpétrés par les tanks et bombes israéliens qui n’épargnent ni écoles, ni maisons.

     

    La lutte du peuple palestinien pour ses droits nationaux, un État démocratique dans l’ensemble du territoire, avec Jérusalem comme capitale, et le retour de tous et toutes les réfugié-es, est une lutte héroïque et historique. Aujourd’hui, après un nouveau bombardement, nous appelons tous les travailleurs et toutes les travailleuses, les jeunes, les syndicats, les organisations culturelles, particulièrement les organisations du secteur de l’Éducation, à participer activement à toutes les manifestations de solidarité organisées partout dans le monde et à exiger de nos gouvernements qu’ils rompent les relations avec l’État sioniste d’Israël.

     

  • Arrêt des attaques israéliennes sur Gaza et le peuple palestinien !
  • Rupture des relations avec l’État sioniste d’Israël !
  • Soutien à la lutte du Syndicat des Professeurs Palestiniens (Gupt) contre l’occupation israélienne !
  • Soutien actif à la lutte héroïque du peuple palestinien! 

    Rio de Janeiro, le 11 août 2014

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    Ahmed A. Y. Sehweil, GUPT – Syndicat des Professeurs Palestiniens

    Cybèle David et Nara Cladera, SUD EDUCATION – SOLIDAIRES (France)

    Mariluz Arriaga, UNAM , Coalition Trinationale pour la Défense de l’ éducation publique et Red SEPA (réseau SEPA) (Mexique)

    Edgar Isch, Université Centrale d’Équateur et RED SEPA (réseau SEPA)

    Rosa Cecilia Lemus, Unité Docente (Enseignante) PST (Colombie)

    Laura Souza Fonseca, ANDES Syndicat National/UFRGS (Université Fédérale de Rio Grande do Sul – Brésil)

    Renata Vereza, ANDES Syndicat National (Université Fédérale de Amazonas)

    Viviane Narvaes, ANDES Syndicat National (Rio de Janeiro)

    Luciano R. S. Coutinho, ANDES (Rio de Janeiro)

    Cacau Pereira, CSP CONLUTAS, Brésil

    Janaina Oliveira, ANEL (Assemblée Nationale des Étudiants – Libre), Brésil

    Rita Souza, CSP- CONLUTAS – Rio de Janeiro

    Susana Gutierrez, Syndicat des Professeurs de l’État de Rio de Janeiro

    Paula Pascarelli , CSP- CONLUTAS – São Paulo

    Roberto Leher, Université Fédérale de Rio de Janeiro

    Alberto Jorge Silva de Lima, ANDES Syndicat National

    Elizabeth Barbosa, ANDES Syndicat National/Régional de Rio de Janeiro

    Sonia Lucio de Lima, ANDES Syndicat National

    Mauro Puerro, CSP CONLUTAS/Syndicat des Professeurs de Guarulhos

    Joaninha Oliveira, CSP CONLUTAS, Brésil

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